
Historiquement, l’alimentation animale (ruminants) se constituait d’herbe (apport d’énergie) et de luzerne (apport d’azote), éventuellement complétée par des tourteaux d’arachide et des farines animales également riches en protéines. Etant données les faibles disponibilités en arachide et l’interdiction des farines carnées en 2000, et afin de répondre à la demande croissante en viande, l’herbe est aujourd’hui souvent remplacée par le maïs ensilé très riche en énergie, et l’apport en protéines est assuré par les tourteaux de colza, tournesol et soja.
L’Union Européenne (UE) est le premier importateur mondial de protéines végétales car elle ne produit qu’un quart de ses besoins . La diminution de cette dépendance est aujourd’hui un enjeu pour ceux qui souhaitent réorienter l’agriculture. Cependant, l’exonération des droits de douane pour les importations de soja américain depuis les années 60 et un accord conclu entre les Etats-Unis et l’UE au début des années 1990 qui limite la surface européenne de cultures d’oléagineux et de protéagineux à la moyenne cultivée pendant la période 1989-1991 (5.1 millions d’ha) n’ont pas facilité cette tâche. À Blair House, les Européens ont donc renoncé à limiter leur dépendance en protéines végétales vis-à-vis des États Unis, du Brésil et d’autres pays, pour se concentrer sur la monoculture des céréales. En théorie, cet accord tient toujours puisqu’il n’a jamais été dénoncé par aucune des deux parties. Bruxelles n’en a jamais confirmé le caractère caduque, en dépit de l’alignement des aides directes pour les plantes oléagineuses sur celles des céréales, et de l’introduction du découplage des aides à la production.
En 2004-2005, l’UE importait 23.2 millions de tonnes de tourteaux de soja en provenance des Etats-Unis, du Brésil et de l’Argentine. Face à ses trois grands fournisseurs, l’Europe est très vulnérable pour ses approvisionnements. De plus, les récents débats portant sur le refus des OGM condamnent le soja outre atlantique qui est essentiellement transgénique.
Le développement très important de cette culture en Amérique latine a des coûts humains et environnementaux très lourds. Pour n’en citer que quelques uns : paupérisation, exode rural dus à l’expulsion de leurs terres des communautés rurales et des Indiens au profit des grands propriétaires. Au Brésil, 1% de la population concentre 47% des terres… Les petits paysans viennent gonfler la pauvreté des villes. De plus, la monoculture du soja se fait au détriment des cultures vivrières : depuis les années 1970, le soja prend le pas sur le riz, le haricot, le manioc ou le maïs. La destruction de l’agriculture familiale signifie aussi des destructions d’emplois : l’exploitation de 200 ha de soja ne correspond qu’à un emploi fixe (contre 15 ha pour l’agriculture familiale du Sud du pays), et cette main d’œuvre est largement exploitée.
La culture du soja pose également des problèmes sanitaires du fait des épandages toxiques de produits phytosanitaires (Round-up sur les variétés OGM Round-Up Ready). Ces quantités épandues augmentent plus vite que la production.
Les dégâts écologiques sont également considérables. La monoculture appauvrit énormément les sols d’Amérique du Sud. Dénudés, ils sont livrés au soleil direct, érodés par les pluies et compactés par les machines.
Les ressources hydriques ne sont pas appauvries car le soja ne s’irrigue pas ; cependant, elles sont très perturbées : crues soudaines des rivières par ruissellement, ensablement, pollution de l’eau par des résidus de pesticides et d’engrais…
Pour permettre d’étendre la culture du soja, les déforestations sont nombreuses. Depuis 1998, 135 000 km² de forêt amazonienne brésilienne ont disparus au bénéfice de cette culture. On estime que le Brésil dispose encore de 155 millions d’hectares disponibles pour la culture du soja, dont 80 millions actuellement utilisés en pâturages et 75 millions de terres non exploitées, c'est-à-dire dans la forêt amazonienne (10 millions d’hectares) et dans les savanes (les cerrados).
L’élevage européen peut-il s’affranchir (au moins partiellement) du soja ? Quelles sont les alternatives par type d’élevage (ruminants/monogastriques) en prenant en compte les contraintes zootechniques, agronomiques, économiques et de surface? Quels seront les impacts de ces alternatives sur la qualité de l’eau ? Comment la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) peut-elle encourager cette remise en question du modèle d’élevage européen ? Pour l’Amérique latine, l’agriculture est le moyen de prendre position dans l’économie mondialisée (le Brésil exporte les trois quarts de son soja et l’Argentine 100%), quels seront les impacts d’une baisse des importations européennes sur la situation économique de ces pays ?
De nombreuses questions, auxquelles il faudra bien, un jour, répondre... Et le plus tôt sera le mieux !
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