Après une longue pause, ce blog reprend un peu là où il s’était arrêté : en parlant de Siné ! Un adieu, mais seulement à sa chronique dans Charlie Hebdo. En effet, le caricaturiste, accusé d'avoir tenu dans une chronique datée du 02 juillet des propos antisémites liés au projet de mariage de Jean Sarkozy, a été renvoyé de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo.Voici les propos incriminés : "Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !"
Ce texte a déclenché une vive polémique lorsque six jours plus tard, Claude Askolovitch, journaliste au Nouvel Obs, dénonce sur RTL "un article antisémite dans un journal qui ne l’est pas".
Dans un communiqué publié dans Charlie Hebdo (16 juillet), Philippe Val écrit: "Les propos de Siné sur Jean Sarkozy et sa fiancée, outre qu'ils touchaient à la vie privée, colportaient la fausse rumeur de sa conversion au judaïsme. Mais surtout, ils pouvaient être interprétés comme faisant le lien entre la conversion au judaïsme et la réussite sociale, et ce n'était ni acceptable, ni défendable devant un tribunal".
"Si Jean Sarkozy se convertissait à l’islam pour épouser la fille d'un émir ou à l'hindouisme pour épouser une fille de maharadja, je l'aurais écrit aussi. Et la fille d'un catholique, pareil, j'ai jamais fait de cadeaux aux catholiques. Quant à faire des excuses à Sarkozy et à Darty, autant me couper les couilles tout de suite.", a déclaré à l'AFP Siné, 79 ans, qui collabore à Charlie Hebdo depuis la relance du titre en 1992. Il avait également participé à l'ancienne formule.
Pour continuer dans la franche rigolade, Siné contre-attaque en accusant Val d'avoir allumé un contre-feu pour se débarrasser d'une autre polémique qui enflamme la rédaction en ce début d'été. Dans un précédent édito, le directeur de publication a en effet pris fait et cause pour Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo et de Clearstream, contre Denis Robert, le journaliste indépendant qui s'est attaqué au grand groupe financier luxembourgeois. Plusieurs piliers du journal, Cavanna, Michel Polac et Siné, ont alors désavoué Val dans leurs chroniques. Et comme si ça ne suffisait pas, on vient d'apprendre que Patrick Pelloux, chroniqueur et syndicaliste hospitalier, menace de démissionner parce que Michel Polac l'a attaqué dans les pages de Charlie au sujet d'un article sur le cancer. Patrick Pelloux a réagi en envoyant un texto à ses copains de la rédaction, ainsi libellé : "Amis, suite à l'article de Polac de cette semaine je vais suivre son conseil et je quitte le journal pour rester aux urgences." Décidément... Si ça continue, bientôt, on se poilera autant à Charlie qu'au Figaro. Pourvu que la ressemblance s'arrête là.
Il y a une dizaine de jours, Siné était d'accord pour signer un texte de rectification écrit par un médiateur interne, mais le dessinateur explique qu'il y a renoncé parce que, en plus de cet article, un texte signé par l'ensemble de la rédaction de Charlie Hebdo devait figurer dans le journal de la semaine dernière. Il a pris cette initiative comme "une pétition contre lui" et a trouvé ça "dégueulasse". Fâché, il a donc "refusé de s'excuser". Voici le texte en question : "Nous sommes habitués aux fantaisies de Siné. C'est le charme du personnage, mais la dernière ne nous a pas fait rire du tout. Nous la réprouvons unanimement, et sommes ravis qu'il en fasse autant. Quant à nos confrères du site Marianne2, qui s'inquiètent de l'ambiance au sein du journal, nous les rassurons, elle est au moins aussi bonne que chez eux. À Charlie, nous sommes habitués aux débats internes, même virulents. Ils nous enrichissent, et nous pensons qu'ils enrichissent aussi nos lecteurs. Nous les vivons sereinement et souvent gaiement. Pour autant, les atteintes à nos valeurs communes n'ont pas leur place dans ce journal".
Résultat : toute médiation échouant pour le moment, la direction suspend sa collaboration avec Siné. Même si, finalement, le texte "pétition" qui a outré Siné ne sera même pas dans le journal puisque toute la rédaction ne l'a pas signé comme prévu. Michel Polac, notamment, a refusé de s'y associer, et se dit "horrifié" par les proportions que prend cette affaire. Il espère que "le journal ne perdra pas son image dans cette histoire", et que les choses pourront s'arranger. En interne, Philippe Val a justifié la vigueur nécessaire de sa réaction par la menace d'un procès de la famille Darty. Le directeur de publication de Charlie Hebdo, qui a reconnu avoir commis l'erreur de publier l'article de Siné sans l'avoir lu, paraissait effrayé à la perspective d'un procès pour antisémitisme dans son journal.